Bart De Wever remet sa démission au roi : ce qui se passe maintenant en Belgique

Faute d'accord sur le budget 2027, Bart De Wever a remis sa démission au roi Philippe le 2 novembre 2026. Le roi réserve sa décision jusqu'au 6 novembre.

La façade du palais royal de Bruxelles vue depuis la place des Palais (photo d'archive)
Photo : Diego Delso / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0

L’essentiel : Le Premier ministre belge Bart De Wever a remis la démission de son gouvernement au roi Philippe le lundi 2 novembre 2026, après l’échec des négociations sur le budget 2027 et sur un effort de 10 milliards d’euros d’ici 2029. Le roi n’a ni accepté ni refusé : il tient sa décision « en suspens », consulte les présidents des partis de la majorité à partir du 3 novembre et recevra de nouveau le Premier ministre le vendredi 6 novembre.

Que s’est-il passé dans la nuit de dimanche à lundi ?

Le kern, le comité restreint du gouvernement, s’est réuni dimanche à 21 h et s’est séparé vers 1 h du matin sur un constat d’échec, selon Belga. Bart De Wever s’est rendu au Palais vers 9 h 30. L’audience a duré environ une heure et demie, et il est reparti sans faire de déclaration, rapporte Moustique.

Le Palais écrit dans son communiqué : « Le Roi déplore l’absence d’accord visant à doter le pays d’un budget crédible et à la hauteur des défis actuels. » Il ajoute que « le pays ne peut se permettre une crise politique prolongée » et appelle les partenaires à faire prévaloir « l’intérêt général et le sens du compromis ».

La situation rappelle novembre 2025, quand Bart De Wever s’était déjà rendu chez le roi et avait obtenu un délai de 50 jours, selon la VRT. Mais pour Bart Verhulst, journaliste de la chaîne flamande, la démarche de l’an dernier était un moyen de pression, alors que le mot « démission » est cette fois employé explicitement.

Pourquoi les partis ne s’entendent-ils pas ?

Le gouvernement doit trouver 10 milliards d’euros d’ici 2029. Le déficit a atteint 5 % l’an dernier, pour un plafond européen de 3 %, et la dette dépasse 735 milliards d’euros, soit plus de 110 % du PIB, rappelle Euronews.

La coalition, surnommée « Arizona », se divise sur la façon de les trouver. Moustique résume la fracture : le MR dénonce « trop de taxes », tandis que Vooruit et Les Engagés insistent sur « les épaules les plus larges ».

Parti Position rapportée
N-VA (Bart De Wever) Les 10 milliards sont un « socle minimum »
MR Trop de taxes, plus de 3 milliards d’euros seraient sur la table ; il faut réduire les dépenses
Vooruit 1,5 milliard d’euros à demander aux plus grandes fortunes, moins d’économies dans les soins de santé
Les Engagés Au moins 1 milliard d’euros demandé aux « épaules les plus fortes », moins d’économies dans la santé
CD&V Rien n’est perdu, mais il n’y a pas de temps à perdre

Sources : La Libre, Moustique, VRT.

Les récits de la nuit divergent. Selon un informateur cité par La Libre, le MR et Les Engagés ont proposé de ramener l’effort de 10 à 8 milliards d’euros. D’autres sources du même journal attribuent ce souhait aux socialistes flamands. Interrogé sur les points de blocage, le vice-Premier ministre Maxime Prévot a répondu : « Si je dois dire tout ce qui coince, cela va prendre un temps fou. »

Quels sont les scénarios ?

Le roi dispose de trois options, résume la VRT : refuser la démission, la garder en suspens, ce qu’il fait pour l’instant, ou l’accepter, ce qui mènerait à de nouvelles élections. Pour le politologue Carl Devos, cité par la chaîne, accepter reviendrait à la fin de partie, alors que personne ne croit que des élections résoudraient le problème. Le journaliste Ivan De Vadder rappelle qu’une autre majorité pourrait aussi se former sur la base des résultats du dernier scrutin.

Date Étape
Mardi 3 novembre Début des consultations du roi avec les présidents des partis de la majorité
Vendredi 6 novembre Le roi reçoit de nouveau Bart De Wever

La RTBF présente ce 6 novembre comme la « dernière limite pour présenter un budget pour 2027 » et voit dans ce rendez-vous une possible dernière carte du Premier ministre pour provoquer un électrochoc.

Que sont les douzièmes provisoires ?

Sans budget voté, l’État fonctionne en « douzièmes provisoires » : le gouvernement peut dépenser chaque mois un douzième du budget de l’année précédente, explique Moustique. Cette solution de secours « semble inéluctable » pour 2027, estime La Libre, alors que Bart De Wever l’avait écartée.

Selon le même journal, le Premier ministre a jugé les douzièmes « inacceptables » et a remis sur la table une « loi de stabilité ». Ce texte gèlerait toutes les indexations en 2027 : allocations sociales, salaires des fonctionnaires et norme de croissance des soins de santé. Il a aussi proposé, toujours selon La Libre, de réduire chaque mois le salaire des ministres tant qu’aucun budget n’est voté, sans en fixer le pourcentage. Un tel gel pèserait dans un pays où l’inflation a atteint 5,26 % sur un an en octobre.

Tous n’y voient pas un drame : le président de Vooruit, Conner Rousseau, a estimé le 28 octobre que ce régime n’était pas la fin du monde, rapporte la VRT.

Comment réagissent les syndicats, le patronat et l’opposition ?

La FGTB réclame « un véritable impôt sur la fortune », et le syndicat libre Synova estime qu’il « est temps » que les responsables politiques fassent preuve de responsabilité, selon Belga. Du côté des employeurs, le patron de la FEB, Pieter Timmermans, juge que ce n’est pas le moment de déclencher une crise politique, d’après la VRT.

Dans l’opposition, le PS de Paul Magnette accuse le gouvernement de protéger les plus riches, et Vlaams Belang parle d’un échec personnel du Premier ministre. Sur les marchés, De Tijd, cité par la VRT, voyait le taux belge à dix ans stable à 4,38 % lundi, alors qu’Euronews évoque une hausse des taux, sans chiffre.