Fin de la MINURSO : ce que change le départ de l'ONU du Sahara occidental

Après un veto russe et l'échec d'un contre-projet, le mandat de la mission de l'ONU au Sahara occidental a expiré le 31 octobre 2026, après 35 ans de présence.

Le siège de la MINURSO à Laâyoune, avec ses véhicules de l'ONU et ses antennes, en juin 2012 (photo d'archive)
Photo : cingularite / Wikimedia Commons, CC BY-SA 2.0

L’essentiel : La mission de l’ONU pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental, la MINURSO, a cessé ses opérations à minuit le samedi 31 octobre 2026, après 35 ans de présence, faute d’accord au Conseil de sécurité. La veille, la Russie avait opposé son veto à un texte américain, et son contre-projet n’avait pas obtenu les neuf voix nécessaires. L’ONU a confirmé le 1er novembre le début de la « période de liquidation ».

Que s’est-il passé au Conseil de sécurité ?

Deux textes ont été soumis au vote le 30 octobre, et aucun n’a été adopté, selon le compte rendu des Nations unies.

Texte Objet Pour Contre Abstentions
Projet américain (S/2026/868) Prolonger la mission d’un an, avec le plan d’autonomie marocain au centre du règlement 11 1 (veto de la Russie) 3
Contre-projet russe (S/2026/870) Prolonger la mission jusqu’au 31 octobre 2027 3 (Chine, Somalie, Russie) 1 (États-Unis) 11

Le débat s’est joué en partie sur une lettre : le R de « référendum » dans le nom de la mission. Les États-Unis ont regretté, d’après le compte rendu, qu’un veto serve en 2026 à préserver cette lettre, alors que leur texte aurait fait avancer un conflit vieux de 50 ans. La Russie a répondu que retirer ce R revenait à trahir les habitants des camps de Tindouf, et a parlé d’un veto salvateur.

Pourquoi le dossier est-il si sensible ?

Le Sahara occidental oppose depuis un demi-siècle le Maroc, qui revendique le territoire et propose depuis 2007 un plan d’autonomie, au Front Polisario, soutenu par l’Algérie, qui défend l’autodétermination. Le mot « référendum » résume ce désaccord.

La résolution 2797 du 31 octobre 2025 avait déjà demandé aux parties de négocier « en prenant pour base » la proposition marocaine, rappelle le média marocain Le360. Le texte américain de 2026 allait dans le même sens. Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a toutefois assuré que le retrait « ne remet nullement en cause » le « droit inaliénable à l’autodétermination », selon ONU Info.

Que disent les différentes parties ?

Acteur Réaction
Maroc Le Cabinet royal y voit « un pas significatif vers la clôture définitive du dossier du Sahara marocain aux Nations Unies » et se dit « fermement attaché au cessez-le-feu »
Russie Sa porte-parole Maria Zakharova accuse Washington d’avoir voulu « accélérer artificiellement » le règlement, selon Le360
États-Unis Tout retrait de la mission doit se faire de façon ordonnée et stable
France Une fermeture brutale serait très préoccupante, dans un contexte de tensions renouvelées
Algérie Parle d’un échec du Conseil de sécurité et a remercié la Russie pour son contre-projet
Front Polisario Son représentant Sidi Omar a remercié la Russie, selon Le360

Sources : Nations unies, EcoActu, Le360. Les propos de Maria Zakharova et de Sidi Omar sont rapportés par Le360, média marocain ; leur texte d’origine n’a pas pu être consulté.

António Guterres se dit « préoccupé » par le risque d’escalade et appelle à « la plus grande retenue », selon l’AFP.

Que devient la mission sur le terrain ?

La MINURSO avait son siège à Laâyoune, neuf bases, quatre à l’ouest du mur de sable et cinq à l’est, ainsi qu’un bureau de liaison à Tindouf, détaille ONU Info. Vingt membres de son personnel sont morts en 35 ans.

Ses effectifs varient selon les sources : environ 200 personnes de plus de 35 pays pour ONU Info, 359 en juin 2026 d’après le site de la mission, cité par l’AFP. Une équipe réduite, rattachée au Département de l’appui opérationnel de l’ONU, va superviser le transfert des biens et la cession du matériel. António Guterres demande aux parties de « coopérer pleinement » à cette liquidation. Le Cabinet royal marocain estime que la présence de la mission, de son personnel à ses symboles, « devrait cesser dans les prochains jours ».

Et maintenant ?

La fin de la mission ne met pas fin au dossier. Staffan de Mistura reste l’envoyé personnel du secrétaire général, et l’ONU se dit prête à soutenir les efforts de paix.

Le Maroc, lui, pousse plus loin. Le Cabinet royal estime que les réunions du Conseil, les rapports du secrétaire général et les exposés de l’envoyé personnel « n’auraient plus lieu d’être », et annonce des « actions similaires » dans d’autres organes de l’ONU.

Une question reste ouverte : aucune des sources consultées ne précise qui surveillera désormais le cessez-le-feu sur le terrain.