Budget fédéral 2026 : le « REER à vie », qui supprimerait la conversion en FERR à 71 ans, expliqué

Ottawa veut fusionner les règles des REER et des FERR. Fini la conversion obligatoire à 71 ans, mais les retraits minimaux resteraient. Ce qui change, et quand.

Illustration : une tirelire dans un dossier, un sablier et un calendrier où le chiffre 71 est entouré
Illustration générée par IA (FLUX.2 / Cloudflare)

L’essentiel : le budget fédéral présenté le 5 novembre 2026 par le ministre des Finances, François-Philippe Champagne, annonce l’intention d’Ottawa de fusionner les règles fiscales des régimes enregistrés d’épargne-retraite (REER) et des fonds enregistrés de revenu de retraite (FERR) en un seul « REER à vie ». Les épargnants n’auraient plus à convertir leur REER en FERR l’année de leurs 71 ans. Les retraits minimaux obligatoires, eux, ne changeraient pas, et aucune date d’entrée en vigueur n’a été fixée.

Que prévoit exactement le budget ?

La mesure tient en quelques lignes du chapitre 6 du budget, intitulé « Un gouvernement plus efficace », dans une section consacrée à la gestion de l’épargne-retraite. Le gouvernement y annonce son intention de « fusionner les règles fiscales applicables aux REER et aux FERR ». Concrètement, selon le texte, « les personnes n’auraient plus à convertir leur REER en FERR lorsqu’elles atteignent 71 ans ».

Le budget prévoit aussi qu’au décès du titulaire, son époux ou conjoint de fait survivant puisse devenir « titulaire remplaçant » du REER, et que les transferts en franchise d’impôt aux survivants admissibles soient simplifiés. Aujourd’hui, on ne peut pas désigner de titulaire remplaçant pour un REER, contrairement au CELI, rappelle Global News.

Qu’est-ce qui ne changerait pas ?

Le point essentiel pour les retraités : le texte précise que « les exigences relatives aux retraits minimaux après l’âge de 71 ans resteraient inchangées ». Le REER à vie ne permettrait donc pas de laisser son épargne à l’abri de l’impôt plus longtemps. Il simplifierait surtout la gestion du compte.

Règle actuelle Avec le « REER à vie » proposé
À 71 ans Fermer le REER avant le 31 décembre : conversion en FERR, achat d’une rente ou retrait Plus de conversion obligatoire : le REER reste ouvert
Retraits minimaux après 71 ans Obligatoires (dans le FERR) Toujours obligatoires
Cotisations après 71 ans Impossibles Non précisé par le budget
Au décès Pas de titulaire remplaçant pour un REER Le conjoint survivant pourrait devenir titulaire remplaçant

Sur les cotisations, les sources divergent. Jamie Golombek, directeur général de la planification fiscale et successorale de Gestion privée de patrimoine CIBC, a indiqué à Global News qu’on ne pourrait toujours cotiser que jusqu’à la fin de l’année de ses 71 ans. Le Globe and Mail range au contraire cette question parmi celles qui restent ouvertes.

Pourquoi ce changement ?

Pour les spécialistes interrogés, l’enjeu est surtout administratif. « Le plus grand changement est administratif plutôt que financier », résume Simon Wong, planificateur financier chez Blueprint Financial, cité par le Globe and Mail (propos traduits de l’anglais). Jamie Golombek parle auprès d’Advisor.ca d’une « approche novatrice » et souligne la complexité administrative de la conversion d’un REER en FERR.

L’idée était réclamée par une partie du secteur. La Conference for Advanced Life Underwriting (CALU), un regroupement de conseillers financiers et en assurance de personnes, s’est dite satisfaite de la mesure, tout en rappelant qu’elle ne touche pas aux retraits minimaux, selon Global News.

Certains y voient un intérêt à long terme. « C’est vraiment une amélioration pour la génération X et les milléniaux », estime Adam Chapman, planificateur financier à London, en Ontario, cité par le Globe and Mail.

Quand la mesure s’appliquerait-elle ?

Rien n’est encore décidé. Le budget n’annonce qu’une intention, et la mesure doit passer par une loi adoptée par la Chambre des communes et le Sénat, rappelle Global News. Le ministère des Finances a ouvert une consultation : les personnes intéressées peuvent lui envoyer leurs commentaires jusqu’au 8 janvier 2027, selon RBC Gestion de patrimoine et le Globe and Mail.

Plusieurs points restent à préciser, selon RBC : la façon d’intégrer le titulaire remplaçant au REER, le remplacement possible des transferts indirects par des transferts directs en franchise d’impôt, et des modifications des règlements fédéral et provinciaux sur les normes de prestation de pension. Global News relève aussi qu’on ne sait pas encore si les FERR existants redeviendraient des REER.

Les délais pourraient donc être longs. Selon Jamie Golombek, interrogé par Advisor.ca, cette complexité pourrait retarder la mesure de plusieurs années. Le Globe and Mail note aussi que le budget ne donne aucun calendrier.

Que faire d’ici là ?

Rien ne change pour l’instant. Les règles actuelles s’appliquent toujours : un REER doit être fermé avant le 31 décembre de l’année des 71 ans de son titulaire. Les personnes concernées dans les prochains mois doivent donc continuer à planifier leur conversion, leur rente ou leur retrait comme prévu, idéalement avec un conseiller.

Ce budget arrive une semaine après la décision de la Banque du Canada de relever son taux directeur à 2,5 %, le 28 octobre 2026 (notre article).